Texte d’Une intervention sur le Théâtre……à parcourir

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Du Théâtre d’avant-garde au Théâtre contemporain conférence de Denis Cressens auteur de theatre

Università degli Studi “G. d’Annunzio”. Pescara, intervention du 19 mai 2017                                                           chaire de littérature Française François Proia

Vous et moi connaissons au moins deux usages principaux du mot Théâtre… Celui de la guerre, de l’action militaire et, celui de l’art.

Ici dans cette enceinte, cet amphithéâtre que l’on pourrait aussi nommer, théâtre, nous nous occuperons du théâtre artistique : le miroir de notre vie, de notre évolution… Cet art qui depuis l’antiquité consiste à reconstituer avec plus ou moins de bonheur sous forme d’un spectacle la réalité de la vie, la vôtre, la mienne. Si l’on fait abstraction de la mythologie grecque et autres usages religieux ou politiques, Le théâtre c’est une retranscription plus ou moins réaliste de la vie quotidienne pour en faire un spectacle distractif et ou éducatif pour le peuple. De nos jours le rôle du théâtre c’est quoi ? C’est de bousculer les tabous, raviver l’espoir chez le petit peuple opprimé, faire vibrer la corde héroïque de l’ouvrier d’usine, faire rire et/ou pleurer, choquer, rassurer, approuver, contester… Le théâtre c’est un jeu de l’émotion, même si les acteurs et auteurs récents ont ressenti le besoin d’en faire aussi un jeu d’esprit…de réflexion…                                                                                                                                     Il est de bon ton de parler d’avant-garde pour le théâtre chaque fois que quelque chose dans sa pratique change, évolue.  Mot initialement attribué également à la chose militaire : un mouvement qui fut novateur au sein des armées :  l’avant garde c’est un groupe qui a vocation d’être en avant de l’avancée en ligne de la troupe classique à l’époque. L’avant-garde était et destinée à renseigner, puis à couvrir des opérations militaires dites donc, d’avant-garde…Avant-garde également dans bien d’autres domaines : la recherche médicale, scientifique, l’industrie ou une nouveauté, l’avant-garde donc, chasse l’autre dans une recherche constante du mieux …… Dans le sujet qui nous intéresse, le théâtre spectacle, est souvent un spectacle d’avant-garde. Pourquoi ? Il se nourrit en volant, copiant et, en caricaturant des parcelles de notre vie pour nous l’offrir comme un rétroviseur de nous-même, de la société   soit pour nous amuser soit pour nous faire réfléchir, souvent les deux simultanément… En conséquence comme l’évolution de nos vies à travers les âges est manifeste, le théâtre évolue lui aussi en cassant toujours plus les standards admis jusqu’ici, même si de temps en temps il fait une rechute dans des usages du passé… le coté retro du théâtre genre qui a ses adeptes …  Depuis que le spectacle du théâtre existe, Il rénove régulièrement la relation du trio sujet, comédien, spectateur. Bref si on observe bien le théâtre est, et a toujours été à avant-garde de l’évolution de notre société…comme notre façon de vivre est en évolution constante depuis l’apparition de l’homme sur cette terre.                                                                                                                                Preuve en est…                                                                                                                                          Si l’on veut bien en croire l’histoire, le théâtre a une origine sacrée avec les cérémonies consacrées au dieu grec Dionysos…Dieu de ? Pour mémoire Dionysos était le dieu de l’hiver, de la fête des morts, surtout du dépassement de la mort par la conquête de l’immortalité (oui déjà !), Dionysos était aussi le dieu du vin, du sexe, et de tous les plaisirs charnels…bref un dieu à tout faire…                                                                                  Ironie du sort dans un autre genre, ce serait même un tyran grec Pisistrate qui aurait utilisé à ses fins le théâtre en 550 ans avant JC… Ainsi donc le premier tragédien et metteur en scène d’alors serait un certain Thespis, missionné donc par un tyran, il écrivait des textes fait de répliques et il passait de villages en villages avec un ou deux acteurs comédiens (acteur = celui qui donne la réplique) pour représenter et célébrer les héros grecs. Du coup le théâtre est devenu un genre littéraire à part entière oui il fallait écrire pour le théâtre. Naissance du dramaturge ou auteur de théâtre qui écrit les pièces…  A la vérité vous imaginez bien que Thespis était un peu, quand même, sous la coupe du mécène…et quand le mécène est un tyran, on se doute bien que les sujets sont et étaient donc dirigés (ce que fera plus tard  l’église mais nous en reparlerons) …pour l’heure les pièces sont conçues pour 1 ou 2 acteurs maxi .Revenons aux premiers auteurs dramatiques connus, grecs donc, qui symbolisaient l’avant garde de leur temps :  les trois principaux : Eschyle (Les Suppliantes vers 490 av JC, Les Perses 472, Les Sept contre Thèbes 467) Sophocle  (Antigone  qui sera réécrit plus tard en 1944 par Jean Anouilh qui s’en est  fortement  inspiré, Œdipe roi, Electre) qui s’est fait connaitre en battant Eschyle dans un concours d’écriture. Sophocle fait passer la troupe de théâtre de 2 à 3 acteurs : il faut vous dire qu’au début du théâtre l’acteur ,souvent masqué jouait plusieurs rôles en changeant tout simplement de masque…Puis nous aurons un autre auteur  Euripide avec plus de 90 pièces dont 18 sont venues jusqu’à nous  (parmi lesquelles Alceste (438), Médée (431), Hippolyte (428), Hécube (v. 424), Héraclès (v. 418), Les Troyennes (415), Électre (v. 413), Hélène (412), Iphigénie en Tauride (v. 411), Ion (v. 410), Oreste (408), Les Bacchantes (405) et Iphigénie à Aulis (405).)

Parallèlement et pour l’anecdote il faut savoir qu’à l’autre bout de la terre en Asie se développait le même art sous la forte emprise du Bouddhisme, religion dominante là-bas …mais restons chez nous dans notre belle Europe

L’avant-garde du théâtre est en marche…. Sur un plan pratique, 200 ans av JC Le théâtre romain, ici donc chez vous, devient un hémicycle et non plus une simple scène adossée à une colline… On voit même poindre l’apparition du premier rideau… à l’époque loin d’être adulés comme de nos jours, les acteurs étaient méprisés et recrutés parmi les esclaves ou affranchis. Ils fonctionnaient en troupe un peu comme aujourd’hui…naissance de la troupe de théâtre.

Si les romains, vos ancêtres, préféraient la danse la musique les spectacles de gladiateurs, ils regardaient volontiers du théâtre après les joutes : pour mémoire deux types de pièces :  La palliala, dont la scène se passait en Grèce et où les acteurs portaient le pallium et la togata où les acteurs en toge représentaient une pièce italienne. Les togatae elles-mêmes se divisaient en trabeatae, ou comédies visant les mœurs de la haute société, Et en labernariae consacrées aux mœurs de la populace. De cette époque il nous reste les comédies comiques de Plaute 254-181 av JC (Amphitryon, Aulularia (qui inspirèrent Molière), Asinaria, les Bacchides, les Captifs, Casina, Curculio, Epidicus, les Ménechmes, Mercator, Miles gloriosus, Mostellaria, le Carthaginois, Pseudolus, Rudens, Trinummus.) de Térence (185-159) que vous connaissez peut-être (L’Andrienne ; L’Hécyre ; Le Bourreau de soi-même (l’Heautontimoroumenos) ; L’Eunuque ; le Phormion…) le théâtre de Terence , avant garde là aussi : il réduit la place des parties chantées , il est  soucieux de réflexion philosophique et morale ou l’on voit l’omni présence de l’éducation (c’était un ancien exclave d’un sénateur qui l’avait fait étudier puis affranchi ,pratique forcement  rare…) le théâtre de cette époque c’est  surtout de longues répliques, des monologues et assez peu d’échanges vifs qui, de nos jours , donnent le rythme…

Après l’antiquité, Nous en arrivons au moyen âge.  Au début il est clair que nous ne sommes pas dans l’avant-garde du théâtre mais plus dans l’obscurantisme. La forte influence menaçante et toute puissante de l’église omniprésente provoque une grosse chute de la pratique du théâtre,  …puis très paradoxalement ce sera cette église elle-même  qui virevoltera à 180 degrés  et  réanimera à ses fins d’évangélisation le théâtre en Europe vers 900 ! Le drame liturgique est mis en scène pour augmenter l’influence de ladite église….  Une période médiévale qui contrairement aux apparences et malgré la misère du peuple ne fut pas une période triste. Pas du tout, En France, plus précisément à Paris les gens veulent s’amuser, oui déjà…et donc apparaissent les Farces qui se jouaient sur des échafauds (ce que nous appelons la scène) adossées aux cathédrales, voire même aux carrefours (les prémices lointaines du théâtre de rue). Une des plus célèbres farce est sans aucun doute La Farce de Maître Pathelin en 1485 œuvre anonyme qui fait référence au monde de la justice et donc de ses injustices parfois attribuée à Guillaume Alexis, voire à François Villon ou peut être encore à Triboulet, le bouffon de René d’Anjou…. L’ironie de la farce n’épargne pas la religion dominante , ni le Christ, ni les Saints, ni la Vierge, pourtant si fêtée et si craints. Le principal acteur, masqué, est le renard, animal rusé s’il en est…il est successivement apprenti, garçon, maître, chef de jurande (représentant de corporations), apothicaire, chirurgien, avocat, juge, moine, pape, etc. …. Toujours dans le but d’amuser et faire rire comme les comédies d’aujourd’hui que l’on donne au café-théâtre ou théâtre dit de boulevard… parallèlement il y avait les pièces qui parlaient des mystères pieux consacrés à la vie du Christ, aux légendes bibliques, à la glorification de Dieu le Père etc… etc. Si ce type de spectacle démarraient toujours avec, la gravité requise, il n’est pas rare qu’il ne se termine par de nombreuses bouffonneries. A noter que ce type de représentations, les mystères, le plus souvent joués sur le parvis même des églises voyait la mise en œuvre de 3 échafauds (scènes) superposés représentant respectivement l’enfer, le purgatoire et le ciel…avant-garde là aussi…

A la farce et aux mystères il faut encore citer deux genres :   les Sotties Farce satirique où les acteurs portaient des costumes de sots, l’imbécile de service…évolution ou l’on voit poindre au XV siècle un genre nouveau : les moralités qui mettent en scène, de manière satirique, les dangers et les conséquences du vice, et son pendant la récompense d’une vie vertueuse et chrétienne…le plus souvent de façon distrayante .A cette occasion  on voit poindre l’écriture théâtrale en vers…. La versification jusque-là réservée aux poèmes …

Nous en arrivons à la renaissance, XVI°, un nouveau théâtre dont le premier fonds de commerce est la satire de la vie contemporaine avec tout ce que cela comporte : quasiment pour la première fois on aborde l’adultère et c’est nouveau, l’adultère est traité au grand jour…                                                                                                  XVI° siècle   Grande avant-garde : Apparition de La comédienne en Europe toujours pas en Angleterre (pour l’anecdote : En 1545, contrat est passé à Bourges devant notaire entre Marie Ferré et un directeur de troupe, Antoine de L’Esperonnière. La jeune femme s’engage pendant un an à suivre la troupe partout où elle ira, à jouer « des antiquailles de Rome, consistant en plusieurs histoires, morales, farces et soubresauts… ». En échange de quoi elle sera nourrie, logée, soignée, et recevra « douze livres tournois ». Marie Ferré est ainsi la première comédienne professionnelle officiellement reconnue.) Ici en Italie… On citera l’Arioste (avec la Cassaria, 1508 reprend le thème de la parabole du Fils Prodigue,  mêlant la prose aux vers ), la farce cynique de Machiavel avec la Mandragore (1524)… Un peu plus tard on verra un retour de la tragédie avec La Sophonisbe de Gan Gorgio Trissino (dit le trissin) en 1515 : une commande du pape Leon X (en France plus tard Pierre Corneille écrira également sa tragédie Sophonisbe en 1663). …Un peu plus tard encore on verra poindre un nouveau genre la commedia dell’arte, forme de théâtre populaire. Les acteurs masqués improvisent des comédies marquées par la naïveté, la ruse et l’ingéniosité. La commedia dell’arte atteint son apogée entre 1550 et 1650 Goldoni en est le plus célèbre représentant …. De nos jours on voit encore ce type de théâtre dans les festivals …

La renaissance ou Siècle d’Or se répand simultanément dans toute l’Europe et notamment en Espagne : des auteurs y enrichissent le théâtre comme Tirso de Molina (1579-1648) qui ,pour l’anecdote, terminera moine comme quoi le théâtre conduit à tout…sa prédication impeccable, ses pièces de théâtre, pleines de sarcasme et d’humour, lui ont causé quelques ennuis et l’on dit d’ailleurs que Molière se servira des écrits de Tirso pour son Don Juan (ou Festin de Pierre)   Toujours à la même époque et pour finir avec l’Espagne on citera  Miguel de Cervantes , Juan de la Cueva et Felix Lope de Vega

Si on franchit la Manche on voit évoluer Le théâtre élisabéthain, désormais, déjà les comédiens ne sont plus considérés comme des vagabonds. Apparition du grand William Shakespeare (1564 - 1616) qui va influer sur les auteurs de son pays mais déborder largement

En France à la même époque (XVIIème) le théâtre dit classique se codifie La tragédie et la comédie doivent obéir à des règles précises, à savoir la règle des trois unités, censée capter l’attention du lecteur, surtout du public en respectant la bienséance (pour ne pas justement choquer le spectateur, pudeur qui a disparu de nos jours), et respecter une certaine vraisemblance.                                                                                                    L’unité de temps, l’action devait se dérouler en une journée ;

L’unité de lieu, toute l’action devait se dérouler dans la même pièce ;

L’unité d’action, il ne devait y avoir qu’une seule intrigue dans l’œuvre.                                     En un jour, en un lieu, une seule action accomplie Cette règle avait pour but de ne pas fatiguer le spectateur avec des détails comme le lieu où la date, afin de lui permettre de se concentrer sur l’intrigue, pour mieux toucher et édifier.                                                                 La règle de la bienséance avait pour but de ne pas choquer le spectateur, souvent des hommes et des femmes de la cour du roi. Ainsi, les meurtres, les suicides des personnages devait se passer en dehors de la scène, un personnage raconte alors l’événement. Toutefois, cette règle put nuire à la portée de la pièce sur le spectateur. Exceptions notables : La mort de Phèdre, dans la pièce éponyme de Racine, et la folie du personnage d’Andromaque (également Racine) sont jouées sur scène.                                                                                                     La catharsis le dénouement    doit toucher le spectateur. Il doit se sentir concerné par ce qui se déroule sur la scène.                                                                                                                     La règle de la vraisemblance visait avant tout à toucher le spectateur en lui proposant des histoires strictement réalistes.

Il ne faut pas confondre le théâtre classique et d’autres formes de théâtre (opéra-comique ou théâtre de boulevard). Ces règles ne s’appliquent qu’au premier, le classique. Ces auteurs les plus célèbres du XVII° sont bien sur Jean Racine (Phèdre Britannicus, Andromaque, Bérénice, Esther, Alexandre le grand…) , Pierre Corneille (le Cid ,Cinna, Polyeucte ,Horace, l’Illusion comique, le Menteur…) Molière 1622/1673 (ce dernier met en scène non seulement les travers de la société mais aussi ceux de l’âme humaine )… avec l’émergence d’un théâtre versifié les vers étant jusque-là réservés à la poésie , avant-garde donc même si ce genre sera vite abandonné .  Les Œuvres de Molière une trentaine (La Jalousie du Barbouillé ; Le Médecin volant ;L’Étourdi (Fin 1654)Le Dépit amoureux (16 décembre 1656) Les Précieuses ridicules (18 novembre 1659) Sganarelle ou le Cocu imaginaire (28 mai 1660)Dom Garcie de Navarre (4 février 1661)L’École des maris (24 juin 1661)Les Fâcheux (17 août 1661)L’Ecole des femmes (26 décembre 1662)La Critique de L’École des femmes (1er juin 1663)L’Impromptu de Versailles (14 Octobre 1663)Le Mariage forcé (29 janvier 1664)La Princesse d’Élide (8 mai 1664) Le Tartuffe (12 mai 1664) Dom Juan (15 février 1665)L’Amour Médecin (15 septembre 1665) Le Misanthrope (4 juin 1666)Le Médecin malgré lui (6 août 1666) Mélicerte (2 Décembre 1666)Pastorale comique (5 janvier 1667)Le Sicilien ou l’Amour peintre (14 Février 1667)Amphitryon (13 janvier 1668)George Dandin (18 juillet 1668)L’Avare (9 septembre 1668)Monsieur de Pourceaugnac (6 octobre 1669)Les Amants magnifiques (4 février 1670) Le Bourgeois gentilhomme (14 octobre 1670)Psyché (17 janvier 1671) Les Fourberies de Scapin (24 mai 1671)La Comtesse d’Escarbagnas (2 décembre 1671)Les Femmes savantes (11 mars 1672)Le Malade imaginaire (10 février 1673)) Pour les autres formes théâtrales, Des auteurs baroques, comme Shakespeare, pourtant plus ancien font fi des règles et vont jusqu’à jouer des duels, des meurtres, des suicides. On y voit intervenir des farfadets ou autres lutins, des fées et les tous premiers effets lumineux …l’avant-garde est partout

Au début du XVIII ème le roi Louis XIV en fin de vie, puis le régent de louis XV le Duc d’Orléans, sans doute secoués par certaines pièces moqueuses pour ne pas dire provocatrice, officialise la censure afin de contrôler les productions. A noter que les théâtres de province sont épargnés… l’épisode censure durera plus ou moins jusqu’ à la révolution française

Au début du siècle des lumières à partir de 1715.l e siècle à Voltaire …. Avant-garde sur les grands principes ou l’on dénonce les travers de la société et de ceux qui dirigent  : contestation sociale politique ; combat contre l’injustice et l’ignorance ; hostilité à l’esclavage ; dénonciation de l’intolérance et du fanatisme religieux). Peu à peu Le théâtre officiel devient moralisateur avec Voltaire (1694-1778) en France… La comédie se fait peu à peu plus satirique, voire moralisatrice. Le jeu des acteurs se modifie il abandonne le déclamatoire pour se rapprocher du langage naturel …dit le naturalisme

Ici en Italie, à cette même époque l’avant-garde se nomme Carlo Goldoni (1707-1793) père du théâtre moderne, comédien auteur et metteur en scène  écrit plus de 200 pièces en 20 ans on lui doit entre autres ( Baroufe à Chioggia La Locandiera  La Veuve rusée les rustres etc. etc.) Après maintes querelles en Italie avec Carlo Gozzi qui accuse Goldoni de détruire la Comédie des Masques (la commedia dell arte), donc la tradition (rappel : tous deux étaient Vénitiens)….. Pour mémoire Goldoni s’exile en France en 1762… en février 1765 il envisage un retour en Italie quand, on l’appelle à Versailles pour enseigner la langue italienne aux filles de Louis XV. Cette activité lui apporte une modeste pension, qui lui permet de vivre.

Plus avant dans le XVIII°, en France à l’avant-veille de la révolution, la revendication de liberté se fait de plus en plus forte avec Marivaux (”le Jeu de l’amour et du hasard”, 1730) et Beaumarchais (“le Mariage de Figaro”, écrite en 1778, jouée seulement 12 ans plus tard en 1784 après maintes censures du roi Louis XVI ) et donc Voltaire (Œdipe 1718, Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète 1736  (jouée en 1741…  1743 première parution Amsterdam…) Denis Diderot 1713-1784 c’est un théâtre pragmatique (Le Fils naturel, Le Père de famille)

Nous en arrivons au théâtre de la révolution…La Révolution française (mai 1789 à novembre 1799) récupère les grands principes de la période des Lumières (religieux) mais, mais on s’oriente vers un théâtre de classe, foncièrement bourgeois tout en accordant à l’art dramatique une grande liberté d’expression. L’État subventionne largement les productions théâtrales. Les barrières de la censure sautent un temps (elles seront toutefois rétablies en 1793).

Les genres se multiplient, avant-garde toujours sous la forme  avec apparition du mélodrame (3 actes contre 5 pour le classique  Les intrigues reposent sur le conflit entre un “bon” et un “méchant”, le héros triomphant de tous les obstacles qui mêle une dramaturgie populaire à la musique ou au chant…..oui à nouveau , apparition des effets spectaculaires ‘poursuite à cheval ,tremblement de terre etc.) l’auteur père du mélodrame est René Guilbert de Pixérécourt 1773-1844   suspense ,émotions et intrigues  sont la recette :  quelques pièces de cet auteur  (Sélico ou les Nègres généreux ;  Claudine ou le Petit Savoyard ; Coelina ou l’Enfant du mystère sera jouée 387 fois à Paris et 1089 fois en province nous sommes en 1800 ) Au théâtre les thèmes se politisent et se popularisent. Le goût pour le réalisme, allié au siècle suivant au progrès technique, révolutionne le théâtre et jettent les bases du théâtre tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’apparition d’une mise en scène plus structurée interviendra début du XIX°

Hors du théâtre le monde bouge… Alors que les sciences et la technique triomphent partout dans le monde, ainsi que le commerce on voit naitre le romantisme, une forme d’art réactionnaire qui exalte l’émotion plutôt que la raison. Il prétend se libérer de toutes règles, une forme de théâtre d’avant-garde en quelque sorte…Ce mouvement envahi toute l’Europe…  En France avec, Alfred de Musset (1810-1857) (les caprices de Mariane en 1833, Lorenzaccio en 1834 et on ne badine pas avec l’amour en 1834) …Victor Hugo 1802-1885 (Hernani 1830, Marie Tudor 1833, Ruy Blas 1838, Lucrèce Borgia etc….) Alexandre Dumas père 1802-1870 (La Tour de Nesle 1832 ; Kean 1836 ; Caligula 1837 etc.)

Toujours au XVIII°, Naissance ou renaissance du théâtre bourgeois, ou comédie de mœurs, qui met en scène la vie quotidienne selon les préceptes de pragmatisme de Diderot au siècle passé (XVIII)… Puis c’est l’arrivée du Vaudeville avec Eugene Labiche (le voyage de Monsieur Perrichon 1848 ,un chapeau de paille d’Italie 1857 … 176pièces) au-delà du strict divertissement sans doute son objectif premier ,il a une vision satirique et cruelle de la société…. Georges Feydeau 1862-1921 le roi du vaudeville (Tailleur pour dames en 1886, Chat en poche, Le Système Ribadier, L’Hôtel du libre-échange et Un fil à la patte en 1894, Le Dindon en 1896, La Dame de chez Maxim en 1899, La main passe en 1902, Occupe-toi d’Amélie en 1908…).

Comme on vient de le voir au XIX siècle le théâtre se cherche pour se réinventer ….   Depuis la Renaissance, le théâtre évolue vers une reconstitution de plus en plus scrupuleuse de la réalité. Alors que cette recherche du réalisme atteint son apogée, à la fin du XIXe siècle, on voit apparaître, sous de multiples formes, une réaction réactionnaire antiréaliste (déclamation, attitudes cartonnées etc…) au même moment se développe en France le mouvement symboliste qui prône la “déthéâtralisation”, c’est-à-dire l’abandon de tous les artifices techniques, auxquelles doit se substituer une spiritualité émanant du texte et de l’interprétation. Des pièces lentes   chargées de symboles et de signes évocateurs. Elles s’adressent à l’inconscient plutôt qu’à l’intellect (forme de griffage du cerveau) et cherchent à mettre en avant la dimension irrationnelle du monde. Peu de décors : certaines pièces d’Anton Tchekhov 1860-1904 (La Steppe (1888) La Mouette (1896)Oncle Vania (1897) La Dame au petit chien (1899) ) Les pièces de jeunesse  Paul Claudel ( dont tête d’or) )

Bref tout ça ne dure pas… Ainsi Dès la fin du 19iem Au lieu de prendre la pose pour réciter une tirade, les comédiens adaptent leur jeu au besoin naturaliste de la vraisemblance…. Le naturalisme qui provoque l’apparition du metteur en scène moderne à la fin du XIX siècle                                                                                                                    Comme l’ensemble des expressions artistiques, l’art théâtral, semble être à la recherche d’un nouveau souffle et d’un nouveau sens. Il subit des mutations à un rythme frénétique. Piochant ici et là dans l’ensemble des tendances artistiques développé depuis l’antiquité, le XXe siècle fait preuve d’une inventivité et d’une énergie créatrice absolument inédite en utilisant les évolutions techniques lumière, son, décors multiples et tout ce que la technique moderne peut imaginer de mettre sur et en scène ….

Si la peinture rentre dans son cycle de l’impressionnisme le théâtre lui devient de plus en plus naturaliste. Cependant certains estiment que le naturalisme se limite à une reconstitution étroite de la réalité et qu’il existe une vérité plus profonde à retrouver dans la spiritualité ou l’inconscient. Dans un autre genre, avant-garde continuelle le théâtre cède à la psychanalyse naissante, particulièrement à la mode.  Le théâtre cherche à exister dans la recherche d’une vérité plus profonde à retrouver dans la spiritualité ou l’inconscient ….

Le théâtre du XX siècle voit une déferlante de nouvelles tendances. Dans la première moitié du XXe siècle, de nombreux mouvements, tels que le futurisme (qui rejette la tradition esthétique et exalte le monde moderne, en particulier la civilisation urbaine, les machines et la vitesse…le modernisme), le dadaïsme (remise en cause, à la manière de la table renversée de l’ensemble des conventions et contraintes idéologiques, artistiques et politiques). Et le surréalisme (explore de nouvelles techniques de création qui laissent le champ libre à l’inconscient…), Ces tendances s’étendent au domaine du théâtre, à travers les pièces iconoclastes de Guillaume Apollinaire (”les Mamelles de Tiresias”, 1917 = le mythe du devin aveugle de Thèbes, Tirésias, tout en lui appliquant des thématiques modernes et provocatrices : le féminisme et l’antimilitarisme. L’histoire se base sur celle de Térésa, qui change de sexe pour gagner du pouvoir parmi les hommes. Son but est de modifier les coutumes, rejetant le passé pour y établir l’égalité des sexes avant-garde ! ou de Roger Vitrac (”Victor ou les Enfants au pouvoir”, 1928   incarnation de l’anticonformisme, la révolte contre les lois établies par une société souvent hypocrite, cynique).

D’autres auteurs encore, proposent une réactualisation de thèmes historiques ou mythiques, comme Jean Giraudoux (”La guerre de Troie n’aura pas lieu”, 1935), Henry de Montherlant (”la Reine morte”, 1942), Jean Anouilh (”Antigone”, 1944), ou encore le Belge Michel de Ghelderode (”la Ballade du Grand Macabre”, 1935).

Toujours dans cette première partie du XX° une autre tendance La distanciation avec Le dramaturge et théoricien allemand Bertolt Brecht 1898-1956 qui critique également le théâtre réaliste. Il voit dans l’art dramatique un moyen de transformer la société, un instrument politique capable de mobiliser le public et de l’entraîner dans le mouvement social. Le public doit être à même de porter un jugement rationnel sur le spectacle, grâce notamment au “Verfremdungseffekt” (”effet de distanciation”). L’utilisation d’un plateau nu et d’un dispositif scénique apparent, la juxtaposition de scènes courtes et mêlées d’interventions extérieures… (Tambours dans la nuit 1919 ; Homme pour homme 1927 ; Mère Courage et ses enfants ; La Résistible Ascension d’Arturo Ui (attaque contre Hitler)

Le théâtre de la cruauté d’Antonin Artaud 1895-1948. Là, il s’agit d’ébranler les spectateurs en redéfinissant la frontière qui les sépare des acteurs, en minimisant ou en éliminant le discours pour lui substituer de simples sons et des mouvements. En 1935, sa pièce “les Cenci” essuie un échec critique et commercial majeur, ce qui n’empêchera pas son discours d’influencer profondément, dans l’approbation ou la contradiction, tout le théâtre qui suivra.

Une parenthèse pour Sacha Guitry 1885-1957 qui cumule tous les emplois du théâtre dramaturge, acteur, metteur en scène, réalisateur et scénariste, une écriture caustique, mordante, misogyne (ce qu’il n’est pas) : 124 pièces dont 16 seront portées à l’écran  (quelques pièces : Nono, 1905 ;Le Cocu qui faillit tout gâter1905 ; Un étrange point d’honneur, 1906 ;Chez les Zoaques, 1906 ;Les Nuées,1906 ; L’Escalier de service ou Dolly, 1907 ; La Clef, 1907 ;La Partie de dominos, 1907 ;Petite Hollande, 1908) Le Scandale de Monte-Carlo, 1908 ; Le Mufle, 1908 ce qu’il n’est pas etc. etc….

Evolution toujours, nous arrivons au théâtre d’après-guerre. Après la guerre, entre 1947 et 1967 de nombreux artistes français ressentent la nécessité d’instaurer un théâtre-citoyen, populaire et engagé, pleinement intégré dans la vie de la cité. On voit la triple naissance du théâtre populaire (Jean Vilar) ,                                                                                                                        du théâtre engagé Jean-Paul Sartre, Albert Camus ou Georges Bernanos avec une  plus ou moins forte résonance politique ou humaniste                                                                                                  et du “théâtre de l’absurde“. C’est le plus populaire parmi les mouvements d’avant-garde : selon Eugène Ionesco 1909-1994, les dramaturges de l’absurde voient, l’homme comme perdu dans le monde, toutes ses actions devenant insensées, absurdes, inutiles né dans les années 50 le théâtre de l’absurde se prolonge jusqu’en 1970…  Héritiers spirituels d’Alfred Jarry 1873-1907 (Ubu roi , Le surmâle, Caesar antéchrist ) des dadaïstes et des surréalistes, influencés par les théories existentialistes d’Albert Camus 1913-1960 (Caligula, Les Justes, Le Malentendu, L’État de siège, Les Possédés) et de Jean-Paul Sartre 1905-1980  (Huit clos, Les mains sales ,Le diable et le bon dieu, La putain respectueuse, Mort sans sépulture ) Eugene Ionesco ses œuvres (La Cantatrice chauve, sous-titrée « anti-pièce » 1950 ; La Leçon (1950), Les Chaises (1952), Amédée ou comment s’en débarrasser (1953) ; Rhinocéros (1959), Le Roi se meurt (1962) ; La Soif et la Faim (1964) ;Macbeth (1972)….

Dans les années 1958-1970 On verra poindre un genre théâtral nouveau, apprécié des publics, les seuls en scène et ou duettistes …essentiellement dans l’humour, le faire rire.

Au XXI° tous les genres cités subsistent et s’étoffent grâce aux mises en scène et possibilités techniques : il n’est pas rare de voir des grands classiques comme du Molière toujours en vers mais avec une mise en scène actualisée et très moderne…. Les moyens multiples de diffusion (théâtre, TV, chaines spécialisées internet , Youtube , Dailymotion) permettent de toucher un public nouveau , plus nombreux…plus jeune  donc de faire vivre tous les styles et genres

Pour conclure sur le théâtre d’avant-garde plus que jamais au sein de notre théâtre contemporain, je soulignerais le travail de l’auteur Japonais  O.Hirata qui a l’université d’Osaka , a écrit pour des robots qu’il fait jouer avec des acteurs de chair et d’os.  Première pièce Hataraku Watashi = moi travailleur : un couple humain avec leurs deux robots domestiques, s’ensuit un débat sur l’humain et le robot domestique : travail servitude ennui du répétitif etc etc dont l’un des deux perd sa motivation de servitude…. Seconde pièce Sayonara = au revoir : cette fois il s’agit d’un Android véritable jumeau informatique d’un être véritable dont il simule l’apparence à la perfection…là aussi il donne la réplique à son jumeau (jumelle) de chair et d’os….(porté en film tout recemment…)

Le théâtre d’avant-garde c’est finalement l’évolution constante à travers les âges de cet art populaire qui tend toujours à faire rire et ou griffer nos neurones en reconstituant la réalité, les travers de la vie des gens ordinaires, ce qu’avec condescendance souvent l’Elite auto proclamée nomme le peuple…mais juste revanche de nombreux textes raillent aussi l’Elite et connaissent un vrai succès au moins dans nos démocraties ouvertes…

Denis Cressens

Mon site https://www.mes-pieces-de-theatre-a-jouer.com

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